Politiques, Sociales

Discours du Président Andry Rajoelina lors du 32è Sommet de l’UA

10 Février 2019
Ce jour marque l’ouverture officielle du 32ème sommet de l’Union Africaine au cours duquel le Président Andry Rajoelina a prononcé un discours qui restera dans les annales du sommet, tant il a été percutant dans ses propos.

Reconnaissant les réalités de la pauvreté régnant encore au sein du continent malgré l’existence des multiples richesses, il a appuyé sur la nécessité de prendre des décisions radicales afin que ce paradoxe disparaisse au profit d’un avenir serein pour les jeunes qui sont majoritaires en Afrique.

Pour ses pairs, le plus jeune Président en exercice sur le continent africain est aujourd’hui à la tête d’un pays qui peut se prévaloir d’être un modèle en matière de démocratie et de paix en Afrique. « Excellence Monsieur le Président Abdel Fattah El-Sisi, Président de la République Arabe d’Égypte, à qui j’adresse mes félicitations pour votre accession à la Présidence de l’Union africaine,

Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernements,

Excellence Monsieur Moussa Faki Mahamat, Président de la Commission de l’UA,

Excellences, Mesdames et Messieurs, mes chers frères, mes chers amis.

C’est un honneur et une grande joie pour moi d’être parmi vous ici, aujourd’hui au siège de l’Union Africaine – Temple de l’Afrique, pour renforcer une fois de plus les liens fraternels qui nous unissent.

Nous sommes réunis par la volonté commune de représenter la fierté du peuple du continent africain. Plus que jamais, l’Afrique reste debout, malgré les épreuves qu’elle a dues surmonter.

L’Afrique est fière et déterminée à asseoir son droit de vivre dans la paix et la prospérité.

La parole des Africains d’aujourd’hui doit être portée haut, au-devant de la scène et a l’oreille du monde. C’est donc avec fierté que je porte la parole et l’espoir, non seulement de tout un peuple, les Malagasy, mais aussi de toute une génération, la jeunesse Africaine.

Comme une grande partie des pays Africains, l’année prochaine, Madagascar fêtera ses 60 ans d’indépendance.

Dans la vie d’un homme, ce serait le moment de cueillir les fruits des années de durs labeurs.

Pourtant, aujourd’hui, aux abords de cette célébration, Madagascar fait le bilan. Et la rétrospective des accomplis et des acquis laisse perplexe face au constat de pauvreté et de dépendance dans lesquels nous vivons.

Vous n’êtes pas sans savoir que Madagascar vient de passer un cap décisif dans son histoire et surtout pour son avenir en ayant vécu une alternance démocratique pacifique. Les Malagasy ont gagné en maturité politique. Je tiens à remercier ici l’Union Africaine pour son soutien et son accompagnement tout au long du processus électoral.

Je suis fier de représenter ici mes concitoyens qui ont toujours fait preuve de résilience et de combativité malgré les souffrances qu’ils ont subies.

En 2013, pour l’intérêt supérieur de la nation et afin d’éviter tout risques d’affrontement populaire, j’avais choisi la voix de la sagesse en ne participant pas à l’élection présidentielle.

Mais aujourd’hui, en m’accordant leur confiance, le peuple Malagasy a choisi non seulement un jeune leader mais surtout une vision, un projet, un programme qui s’est transformé en convention rassemblant tout un peuple pour rattraper le retard de développement de Madagascar.

En somme, les Malagasy ont cristallisé dans leur vote leur volonté de changer le cours de l’histoire de la Grande-Ile.

A travers ce nouveau tournant de son histoire politique, économique et sociale, Madagascar compte bien reprendre sa place sur le continent Africain et décrier le cruel paradoxe dont l’Afrique est victime : celui d’être si riche et pourtant si pauvre à la fois.

En effet, pensez-vous qu’il est normal et acceptable que 50% des gisements mondiaux d’or se trouvent sur le continent Africain, alors que nous ne possédons aucune réserve d’or ?

Est-il normal que le continent Africain soit le premier exportateur de cacao alors que les plus grands pays producteurs de chocolat au monde ne possèdent même pas un seul tronc de cacaoyer ?

Oui, l’Afrique est un grand continent, imposant, riche. N’oublions pas, mes chers frères, mes chers amis que nous avons :

1. 60% de terres arables non-exploitées du monde ;

2. Nous produisons 85 à 95% du chrome et du platine dans le monde ;

3. Plus de 50% du cobalt mondial ;

4. Et plus d’un tiers de la bauxite mondiale.

Depuis trop longtemps, l’Afrique a dû se battre, patienter et parfois même se voir déposséder de ses ressources et de ses terres. La douleur ressentie au cœur de nos pays et de nos peuples fut intense.

Ces injustices ont pourtant prouvé le courage et la ténacité de nos peuples. Un peuple solide, résilient qui a toujours eu foi en sa renaissance.

Et aujourd’hui, si l’on veut laisser un nouvelle Afrique à nos enfants, c’est NOUS TOUS, ici présents dans cette salle qui devons-nous engager pour changer le cours de l’histoire et la vie de nos concitoyens.

L’avenir compte sur nous et repose sur nos épaules car personne a part nous, frères et sœurs africains, ne pourra et ne saura changer notre situation de façon profonde et définitive.

Tous ensemble, nous pouvons gagner tous les combats.

Nous ne sommes pas condamnés aux idées reçues qui affirment que l’Afrique est et demeurera un continent pauvre. Nous pouvons changer l’image de l’Afrique et en faire un continent prospère et développé. Nous avons toutes les ressources et l’énergie pour accomplir cela.

Mes chers frères et sœurs Africains, leaders et Présidents respectés. Je suis probablement le plus jeune chef d’État parmi nous, mais le patriotisme et l’envie d’agir n’attendent pas le nombre des années.

Vous voyez ici le visage et vous entendez la voix du patriotisme et de la fierté Africaine !

Je parle au nom de tout un peuple, de toute une génération, de la grande famille d’Afrique en déclarant en ce jour, le 10 février 2019 en terre éthiopienne, que l’essor Africain ne se limite pas à un débat mais doit se traduire en actions concrètes, mesurables et quantifiables.

Le renouveau Africain a déjà commencé, sa prise de vitesse est enclenchée tel un TGV.

Madagascar se lève, l’Afrique s’impose.

Masina ny Tanindrazana,

Bénie soit la terre de nos ancêtres.

Je vous remercie de votre attention.

Andry Nirina Rajoelina
Président de la République de Madagascar«